Coucou les p'tits loups. C'est pas un p'tit mort par ici ?
J'suis partie dans une histoire. J'sais pas trop où ca me menera, mais tant pis. Je tente, haha.
*
Jimmy s'arrêta là.
Il s'assit tranquillement sur le sol et attendit patiemment quelque chose ou peut-être même quelqu'un, tout en regardant la poignée de gosse jouer au ballon à quelques mètres de lui.
Un premier gamin shoota dans la balle jaune qui s'envola dans les airs loin, loin et retomba dans la décharge voisine. Une huée s'éleva du groupe de mômes jusqu'à ce que l'un d'entre eux se décide à la chercher.
Jimmy soupira. Il regarda la Décharge, cette immense montagne de ferraille et de détritus déposée là. Il s'attarda ensuite sur la cour où jouait les mômes. À sa gauche commençaient les ruelles, un peu plus loin, il entendait les klaxons des véhicules qui s'élançaient sur le boulevard. Plus loin derrière lui commençaient les rues malfamées où-il-ne-fallait-pas-trainer mais où ils traînaient malgré eux.
Le jeune garçon se laissa tomber sur le sol et regarda le vieil arbre qui pourrissait dans toute cette pollution depuis des années. Il se rappela alors son enfance, lorsqu'il grimpait le long de cet arbre gigantesque qui s'étendait jusqu'à la Décharge.
C'était ainsi à Valbor, on ne voyait pas le ciel, quand on n'avait pas d'argent. On vivait sous la plaque. Là où il était dangereux de vivre, là où l'air que l'on respirait était gorgée de toutes sortes de pollution, là où la vie était dure entre les différents problèmes sociaux, criminalité, chômage, pauvreté. Belle vie.
« Qu'est-ce que tu m'veux, Vale... »
Un petit garçon était venu s'asseoir à ses cotés. Vale regardait son grand frère de ses yeux pâles et ne répondit rien. Il devait avoir huit ans, à peine, et déjà il possédait les même traits fins et séduisants que son frère.
Jimmy sortit son paquet de cigarette de la poche arrière de son jean. Il en choisit une au hasard avant de la coincer entre ses lèvres. Avec son meilleur briquet il l'alluma, inspirant une première fois sur le tube de tabac. Il sentit la fumée venir jusqu'à ses poumons les gorgeant de ce souffle abominablement plaisant, en passant par sa trachée, lui brûlant la gorge de cette manière qu'il aimait tant. Comment se passer d'une minute de bonheur pareille ? Jimmy recracha la fumée qui se perdit en un mince nuage blanc dans les airs. Et il recommença, une seconde fois, même processus même petit plaisir. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il put observer des cendres se former au bout de la cigarette.
Soudain, il croisa le regard peineux de son frère. Ses prunelles suppliantes qu'il ne supportait pas. Il détestait lorsque ce gosse de huit ans - huit ans de moins que lui, bon sang – le sermonnait inconsciemment.
Il n'aimait pas cela car il voyait bien alors, dans cette pupille tremblante que les douleurs qui le prenaient souvent à la poitrine et ses quintes de toux n'étaient pas le fruit du hasard. Encore moins une illusion.
« Retourne jouer avec tes copains. »
Vale, sans se faire prier, se précipita comme un éclair sur la troupe d'enfants qui avait désormais récupéré le ballon. Jimmy regarda sa montre, 15 heures déjà.
Soudain, il entendit une voix l'appelant du fond de la rue. C'était Wendy qui montait la rue de sa démarche gauche, titubante. Ses longs cheveux noirs s'ébouriffèrent lorsqu'un vent passa. Arrivant à la hauteur de Jimmy, ce dernier remarqua que ses yeux verts étaient couvert d'une ombre noir et qu'ils étaient étrangement cernés. Ses joues et son fin nez avaient également prit une teinte rosée.
« _Tu tires une de ces gueule... » Marmonna t-il, alors que Wendy se mit à rire de cette manière enjouée qu'il lui connaissait. Joyeuse. Et pourtant.
_ J'ai la gueule de bois. Ce matin encore, j'étais en train de décuver sur le bitume de Qintreux. »
Elle rigola encore, mais Jimmy ne répondit pas. Il détestait lorsqu'elle parlait de ça. Qintreux était l'un des pires quartiers de Valbor, le territoire pauvre. Et il savait, malheureusement. Il savait bien ce qu'elle y faisait jusqu'à l'aube.
« _Le vieux d'hier m'a fait boire un d'ces trucks... Je préfère même pas savoir ce qu'il y avait dedans !
_Arrête... »
Et mieux vaut en rire qu'en pleurer, parait-il.
Jimmy tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la jeter à ses cotés, finie. Il croisa les yeux verts de Wendy qui fit la moue, et tourna la tête. Il n'avait pas envie de ce tête à tête avec la réalité qu'il croisait dans ses émeraudes. Trop sales, à son goût.
Wendy avait toujours eu ce faible pour Jim. Toujours. Depuis cette première année quand ils s'étaient connus, à peine sept ans, ils avaient. Jusqu'à ce jour. C'était un peu comme ce petit sentiment parfois si douloureux soit-il, qu'elle aimait préserver pour lui. C'était agréable, oui. Agréable de voir son c½ur se serrer lorsque Jimmy lui répondait méchamment. Lorsqu'il n'osait pas la regarder dans les yeux. Lorsque... Lorsque... Lorsqu'il était lui.
« On y va ? Matt nous rejoindra directement là-bas ! » Proposa Wendy.
Jimmy acquiesça d'un signe de tête avant de se laisser prendre la main par Wendy. Ils grimpèrent les branches du grand arbre sans aucun problème, tant ils y étaient habitués. Tant ils le connaissaient bien. Ils traversèrent la grande décharge qui s'étendait à perte de vue. Ils enjambèrent la ferraille qui faisait de grandes collines, les toits de voitures qui se trouvaient ça et là entre les débris. Parfois, Wendy faisait mine de tomber sur Jim pour le sentir collé contre elle. Lui soupirait et la poussait doucement du bras, tandis qu'elle partait dans un fou rire sans fin.
Enfin dans la descente d'une colline, là entre deux roues, un capot de voiture et un bloc de fer dont on ne connaissait pas trop la nature, il y avait ce trou où ils s'engouffrèrent, doucement. Ils savaient qu'en manquant de précision ils pourraient louper la puissante branche qui les amenait plus profondément dans Bermerey – quartier 4 de Valbor, à coté de Quintreux - dans la Forêt Clandestine, où était construite la Liberté. Ou leur « Cachette Secrète », comme l'appelait Wendy.
La Liberté n'était pas une simple cabane en bois. Tout d'abord, elle était construite en hauteur, entre les arbres de la Forêt Clandestine, – ce qui accentuait tout de son mystère – l'unique forêt de tout Valbor qui n'avait pas encore été détruit au profit de l'État. La Liberté tenait au beau milieu des arbres, un peu comme par magie, depuis bien des années. En la voyant pour la première fois, Jim, Wendy et Matt s'étaient dit qu'il valait mieux être très prudent pour ne pas qu'elle s'écroule en entrant tout les trois à l'intérieur. Et en fait, après avoir vécu bien des vies dans la Liberté, ils avaient compris qu'ils pourraient tout faire à l'intérieur, sans jamais qu'elle ne s'effondre.
La Cachette Secrète était plutôt grande pour une cabane. Elle faisait deux étages, celui du haut, séparé en trois compartiments – très étroits bien sûr, juste assez de place pour y déposer un matelas – et celui du bas qui était ouvert à tous. Colorés, décorés, à tout les goûts, à tout les âges, à toutes les vies.
Et puis, ce qui faisait la magie de la Liberté, c'était surtout son nom... Ah, quel nom ! Liberté. Ca sonnait comme le bruit de l'espoir, du rêve, l'utopie. Ils l'avaient choisi sans trop s'en rendre compte, ce nom. C'était juste le jour où ils avaient compris que c'était leur unique et véritable maison, mine de rien, la Liberté. Et ils l'aimaient. Oui, ils l'aimaient.
Ils ne l'avaient jamais abandonnée, cette cabane en bois. Ils s'étaient juste dit que sa magie ne devait pas être abusée. Ils ne passaient pas leurs journées à l'intérieur, loin de là. Mais lorsqu'ils le pouvaient, ils se rejoignaient tout les trois à l'intérieur. Ils inspectaient son état, remettaient en place un clou qui aurait pu partir, ponçaient une planche qui aurait pu s'abîmer, repassaient la peinture qui aurait pu s'écailler. Et quand ce doux travail était fin terminé, ils se mettaient à leurs aises sur les canapés, ou bien à même le sol et ils se racontaient des histoires. Leurs histoires.
C'était un peu comme un rêve, la Liberté. Un rêve qu'on ne voulait pas finir, on ne voulait pas se réveiller à revenir à la rue pour voir la réalité en face. Instant exquis de délivrance. Le bonheur.
Oui, c'était ça. Le bonheur.
Et mine de rien, c'était ce dont ils avaient besoin, du bonheur, ces jeunes malheureux.
Pao.
Image de : xLilJazzy
J'suis partie dans une histoire. J'sais pas trop où ca me menera, mais tant pis. Je tente, haha.
*
Jimmy s'arrêta là.
Il s'assit tranquillement sur le sol et attendit patiemment quelque chose ou peut-être même quelqu'un, tout en regardant la poignée de gosse jouer au ballon à quelques mètres de lui.
Un premier gamin shoota dans la balle jaune qui s'envola dans les airs loin, loin et retomba dans la décharge voisine. Une huée s'éleva du groupe de mômes jusqu'à ce que l'un d'entre eux se décide à la chercher.
Jimmy soupira. Il regarda la Décharge, cette immense montagne de ferraille et de détritus déposée là. Il s'attarda ensuite sur la cour où jouait les mômes. À sa gauche commençaient les ruelles, un peu plus loin, il entendait les klaxons des véhicules qui s'élançaient sur le boulevard. Plus loin derrière lui commençaient les rues malfamées où-il-ne-fallait-pas-trainer mais où ils traînaient malgré eux.
Le jeune garçon se laissa tomber sur le sol et regarda le vieil arbre qui pourrissait dans toute cette pollution depuis des années. Il se rappela alors son enfance, lorsqu'il grimpait le long de cet arbre gigantesque qui s'étendait jusqu'à la Décharge.
C'était ainsi à Valbor, on ne voyait pas le ciel, quand on n'avait pas d'argent. On vivait sous la plaque. Là où il était dangereux de vivre, là où l'air que l'on respirait était gorgée de toutes sortes de pollution, là où la vie était dure entre les différents problèmes sociaux, criminalité, chômage, pauvreté. Belle vie.
« Qu'est-ce que tu m'veux, Vale... »
Un petit garçon était venu s'asseoir à ses cotés. Vale regardait son grand frère de ses yeux pâles et ne répondit rien. Il devait avoir huit ans, à peine, et déjà il possédait les même traits fins et séduisants que son frère.
Jimmy sortit son paquet de cigarette de la poche arrière de son jean. Il en choisit une au hasard avant de la coincer entre ses lèvres. Avec son meilleur briquet il l'alluma, inspirant une première fois sur le tube de tabac. Il sentit la fumée venir jusqu'à ses poumons les gorgeant de ce souffle abominablement plaisant, en passant par sa trachée, lui brûlant la gorge de cette manière qu'il aimait tant. Comment se passer d'une minute de bonheur pareille ? Jimmy recracha la fumée qui se perdit en un mince nuage blanc dans les airs. Et il recommença, une seconde fois, même processus même petit plaisir. Et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il put observer des cendres se former au bout de la cigarette.
Soudain, il croisa le regard peineux de son frère. Ses prunelles suppliantes qu'il ne supportait pas. Il détestait lorsque ce gosse de huit ans - huit ans de moins que lui, bon sang – le sermonnait inconsciemment.
Il n'aimait pas cela car il voyait bien alors, dans cette pupille tremblante que les douleurs qui le prenaient souvent à la poitrine et ses quintes de toux n'étaient pas le fruit du hasard. Encore moins une illusion.
« Retourne jouer avec tes copains. »
Vale, sans se faire prier, se précipita comme un éclair sur la troupe d'enfants qui avait désormais récupéré le ballon. Jimmy regarda sa montre, 15 heures déjà.
Soudain, il entendit une voix l'appelant du fond de la rue. C'était Wendy qui montait la rue de sa démarche gauche, titubante. Ses longs cheveux noirs s'ébouriffèrent lorsqu'un vent passa. Arrivant à la hauteur de Jimmy, ce dernier remarqua que ses yeux verts étaient couvert d'une ombre noir et qu'ils étaient étrangement cernés. Ses joues et son fin nez avaient également prit une teinte rosée.
« _Tu tires une de ces gueule... » Marmonna t-il, alors que Wendy se mit à rire de cette manière enjouée qu'il lui connaissait. Joyeuse. Et pourtant.
_ J'ai la gueule de bois. Ce matin encore, j'étais en train de décuver sur le bitume de Qintreux. »
Elle rigola encore, mais Jimmy ne répondit pas. Il détestait lorsqu'elle parlait de ça. Qintreux était l'un des pires quartiers de Valbor, le territoire pauvre. Et il savait, malheureusement. Il savait bien ce qu'elle y faisait jusqu'à l'aube.
« _Le vieux d'hier m'a fait boire un d'ces trucks... Je préfère même pas savoir ce qu'il y avait dedans !
_Arrête... »
Et mieux vaut en rire qu'en pleurer, parait-il.
Jimmy tira une dernière fois sur sa cigarette avant de la jeter à ses cotés, finie. Il croisa les yeux verts de Wendy qui fit la moue, et tourna la tête. Il n'avait pas envie de ce tête à tête avec la réalité qu'il croisait dans ses émeraudes. Trop sales, à son goût.
Wendy avait toujours eu ce faible pour Jim. Toujours. Depuis cette première année quand ils s'étaient connus, à peine sept ans, ils avaient. Jusqu'à ce jour. C'était un peu comme ce petit sentiment parfois si douloureux soit-il, qu'elle aimait préserver pour lui. C'était agréable, oui. Agréable de voir son c½ur se serrer lorsque Jimmy lui répondait méchamment. Lorsqu'il n'osait pas la regarder dans les yeux. Lorsque... Lorsque... Lorsqu'il était lui.
« On y va ? Matt nous rejoindra directement là-bas ! » Proposa Wendy.
Jimmy acquiesça d'un signe de tête avant de se laisser prendre la main par Wendy. Ils grimpèrent les branches du grand arbre sans aucun problème, tant ils y étaient habitués. Tant ils le connaissaient bien. Ils traversèrent la grande décharge qui s'étendait à perte de vue. Ils enjambèrent la ferraille qui faisait de grandes collines, les toits de voitures qui se trouvaient ça et là entre les débris. Parfois, Wendy faisait mine de tomber sur Jim pour le sentir collé contre elle. Lui soupirait et la poussait doucement du bras, tandis qu'elle partait dans un fou rire sans fin.
Enfin dans la descente d'une colline, là entre deux roues, un capot de voiture et un bloc de fer dont on ne connaissait pas trop la nature, il y avait ce trou où ils s'engouffrèrent, doucement. Ils savaient qu'en manquant de précision ils pourraient louper la puissante branche qui les amenait plus profondément dans Bermerey – quartier 4 de Valbor, à coté de Quintreux - dans la Forêt Clandestine, où était construite la Liberté. Ou leur « Cachette Secrète », comme l'appelait Wendy.
La Liberté n'était pas une simple cabane en bois. Tout d'abord, elle était construite en hauteur, entre les arbres de la Forêt Clandestine, – ce qui accentuait tout de son mystère – l'unique forêt de tout Valbor qui n'avait pas encore été détruit au profit de l'État. La Liberté tenait au beau milieu des arbres, un peu comme par magie, depuis bien des années. En la voyant pour la première fois, Jim, Wendy et Matt s'étaient dit qu'il valait mieux être très prudent pour ne pas qu'elle s'écroule en entrant tout les trois à l'intérieur. Et en fait, après avoir vécu bien des vies dans la Liberté, ils avaient compris qu'ils pourraient tout faire à l'intérieur, sans jamais qu'elle ne s'effondre.
La Cachette Secrète était plutôt grande pour une cabane. Elle faisait deux étages, celui du haut, séparé en trois compartiments – très étroits bien sûr, juste assez de place pour y déposer un matelas – et celui du bas qui était ouvert à tous. Colorés, décorés, à tout les goûts, à tout les âges, à toutes les vies.
Et puis, ce qui faisait la magie de la Liberté, c'était surtout son nom... Ah, quel nom ! Liberté. Ca sonnait comme le bruit de l'espoir, du rêve, l'utopie. Ils l'avaient choisi sans trop s'en rendre compte, ce nom. C'était juste le jour où ils avaient compris que c'était leur unique et véritable maison, mine de rien, la Liberté. Et ils l'aimaient. Oui, ils l'aimaient.
Ils ne l'avaient jamais abandonnée, cette cabane en bois. Ils s'étaient juste dit que sa magie ne devait pas être abusée. Ils ne passaient pas leurs journées à l'intérieur, loin de là. Mais lorsqu'ils le pouvaient, ils se rejoignaient tout les trois à l'intérieur. Ils inspectaient son état, remettaient en place un clou qui aurait pu partir, ponçaient une planche qui aurait pu s'abîmer, repassaient la peinture qui aurait pu s'écailler. Et quand ce doux travail était fin terminé, ils se mettaient à leurs aises sur les canapés, ou bien à même le sol et ils se racontaient des histoires. Leurs histoires.
C'était un peu comme un rêve, la Liberté. Un rêve qu'on ne voulait pas finir, on ne voulait pas se réveiller à revenir à la rue pour voir la réalité en face. Instant exquis de délivrance. Le bonheur.
Oui, c'était ça. Le bonheur.
Et mine de rien, c'était ce dont ils avaient besoin, du bonheur, ces jeunes malheureux.
Pao.
Image de : xLilJazzy




